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La timeline : un journal de vie, pas un flux de surveillance

Cette série a passé des mois sur les verrous : les enveloppes, le serveur aveugle, les clés et les sauvegardes. Très bien, mais un verrou n’est jamais plus intéressant que ce qu’il protège. Ce billet parle donc de la chose elle-même, le cœur de l’application : la timeline.

La plupart des applications de localisation répondent à une question : où est tout le monde, là, maintenant ? Un point sur une carte, rafraîchi sans fin, oublié aussitôt. Fenzly répond à une seconde question, que le point ne sait pas poser : à quoi ont ressemblé mes journées ? Cette seconde réponse est celle qui comptera encore pour vous dans dix ans, et c’est exactement celle qui ne doit vivre dans aucune autre base de données que la vôtre.

Votre journée, racontée en séjours et en trajets

Le GPS brut est illisible : des milliers de points, aucun sens. La timeline en fait un récit, sur votre téléphone : parti de la maison à 8 h 02, vingt minutes à vélo, l’école à 8 h 22, quarante minutes au marché au retour. Des séjours et des trajets, avec heures, durées et modes de transport, assemblés par la mécanique décrite plus tôt sans que vous ne touchiez à rien.

Une chose que le téléphone ne peut pas savoir : ce qu’un endroit est. Un arrêt jamais vu s’affiche en coordonnées nues jusqu’à ce que vous le nommiez, une seule fois. Une épingle, un rayon, un nom, une catégorie si vous voulez, et chaque passage futur y est reconnu. L’application propose d’abord vos propres lieux proches, puis les établissements voisins, mais le nom vous appartient. C’est délibéré : un journal écrit entièrement par une machine appartient à la machine. Celui-ci s’écrit à deux.

Un journal ne sert que si on peut le lire

Accumuler des journées est facile ; les lire est la fonctionnalité. L’onglet Historique donne à votre journal trois index.

Lieux classe les endroits de votre vie : nombre de visites, temps total, le détail de chaque entrée et sortie. Catégories les regroupe à votre façon, Maison, Travail, Sport, Restaurant, ou ce que vous inventez, et répond à des questions comme « combien de temps ai-je vraiment passé au travail ce mois-ci ? » (Les catégories sont personnelles, d’ailleurs : jamais partagées, même pour un lieu que votre cercle connaît.) Déplacements compte trajets et kilomètres, filtrables par catégorie de trajet, ce qui règle discrètement un problème très adulte : vos kilomètres professionnels du mois, à un filtre près.

Le tout suit la période choisie, cette semaine, ce mois, cette année, aussi loin que remonte votre journal.

La règle silencieuse en dessous

Tout ce qui précède obéit à une règle : le journal est calculé sur votre téléphone, à partir de vos seules données, et il y reste. Les séjours des membres de votre cercle vivent sur leurs téléphones ; le serveur ne détient rien de lisible ; et l’onglet entier fonctionne sans réseau.

C’est ici qu’il faut rappeler ce qu’un historique de localisation révèle : religion, santé, relations, routine. Une timeline, c’est précisément cette donnée-là, distillée et étiquetée. Il est parlant que Google lui-même ait, en 2024, retiré la Timeline de Maps de ses propres serveurs pour la déplacer sur les appareils des utilisateurs : un recul inhabituel, et un aveu discret de ce que vaut cette donnée. Nous n’avons jamais eu à reculer : la timeline de Fenzly est née sur votre appareil, parce que la seule base de données qui ne peut pas trahir le journal de votre vie est celle qui n’existe pas.

La gomme est à vous

Un journal qu’on ne peut pas corriger est un registre que quelqu’un tient sur vous. Le stylo et la gomme sont donc à vous. Une visite attribuée au mauvais endroit (le cinéma au lieu du restaurant voisin : dans un bâtiment, le GPS ne distingue pas) se corrige en deux gestes. La conservation est un réglage : tout garder, le défaut, ou plafonner à 24, 12 ou 6 mois, et ce qui dépasse est effacé définitivement, de votre téléphone, il n’existe aucune autre copie à poursuivre.

Le stockage est traité avec la même franchise. Les anciens trajets sont automatiquement allégés après trente jours : les chiffres sont d’abord figés, puis le tracé ne garde que les points qui comptent pour sa forme, si bien qu’un journal illimité ne dévore pas votre téléphone. Vous pouvez désactiver cela si vous voulez chaque point pour toujours ; le prix est entre vos mains, comme tout le reste ici.

Les limites honnêtes

Le journal ne vaut que ce que vaut la détection qui le nourrit, et nous vous avons déjà dit où cette mécanique trébuche : des trajets qui démarrent quelques centaines de mètres trop tard, un mode de transport parfois mal étiqueté, un saut court manqué (un geste sur « Me localiser » le rattrape). Un arrêt reste anonyme tant que vous ne l’avez pas nommé ; c’est une corvée, et nous la préférons à l’alternative : une application qui devine ce que signifie chaque adresse.

Et le revers de « il n’existe que sur votre téléphone » ne disparaît jamais : pas de sauvegarde, pas de journal. Dix ans de journées valent bien les deux minutes que prend ce réglage.


Une question que ce billet a soigneusement évitée : qui d’autre a le droit de lire quelles pages ? C’est l’autre cœur de Fenzly, les modes de partage d’un cercle, et c’est exactement là que nous allons la prochaine fois.